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Dernières Nouvelles d'Alsace

10.1.2008

Molsheim - Wolxheim / Vignoble Tout est dans la taille Le geste est sûr, rapide et précis. « Vous voyez, là, c'est un vieux bois, on coupe. Là, il faut qu'il soit en opposition. » Clac-clac, en deux ou trois coups de sécateur, c'en est fini de pratiquement toutes les jeunes pousses du pied. Mathieu Zoeller n'a pas de pitié, les futures vendanges en dépendent. Et encore : le sécateur, c'est pour la démonstration. Pour de vrai, « les viticulteurs utilisent un sécateur électrique, pour éviter le "tennis elbow" », rigole Mathieu. Il faut dire que « c'est un boulot très long, il faut tailler pied par pied ». Indispensable, la taille provoque un « réflexe défensif de la vigne », qui, se sentant attaquée, « produit du raisin ». « Enfin, c'est comme ça que je l'explique... » Non entretenue, la vigne dépérit, et ce dans toutes les régions viticoles du monde. « Mais il y a différentes techniques qui dépendent du mode de conduite, c'est-à-dire! la façon dont on met les piquets. » En Alsace, le mode est dit « en guyot double ou simple ». Pour le reste, le principe reste le même : « Laisser des bois de l'année, sur lesquels vont pousser les rameaux fructifères. » Évidemment, cet entretien demande de la main-d'oeuvre. Certains vignerons font appel à une aide extérieure et saisonnière. D'autres, comme Mathieu, sollicitent la famille. « Mon père, dès qu'il fait beau, il est dans la vigne et il fait la taille. Il a le temps. » L'expérience du vigneron peut aussi faire une différence. « Il faut quatre ou cinq hivers pour commencer à maîtriser son rendement », explique Mathieu, qui le fait depuis 17 ans. Le but du jeu est de « choisir les bons arcs [les branches], par rapport notamment à la tête ». S'en suit toute une explication sur le fait qu'il ne faut « pas laisser la tête monter », mais au contraire « descendre de quelques centimètres à chaque f! ois ». Le tout évidemment en fonction de la parcelle, de la vigueur du pied, du cépage... Bref, c'est tout un art, et chaque vigneron a ses secrets, ses partis pris, ses « trucs ». Lui a choisi « l'agriculture raisonnée » et suit la charte Tyflo (*). « Ce n'est pas du bio, notamment parce qu'on désherbe entre les pieds. Mais de toute façon, faire du bio pour suivre la tendance, ça ne m'intéresse pas. » Et de résumer : « Ce n'est pas un gage de qualité .» En revanche, aucun vigneron de Wolxheim n'utilise d'insecticides depuis plusieurs années. Et Mathieu laisse agir la nature et tous ses aléas. « Je n'essaie pas d'avoir le même vin chaque année... J'aime que chaque millésime soit marqué. » Et de conclure : « C'est à cause de tous ces choix que l'on dit qu'un vin ressemble à son vigneron. » J. R. (*) Tyflo : association basée à Obernai qui milite pour une viticulture respectueuse de l'environnement. Les viticulteurs adhérents s'engagent à respecter un cahier des charges qui s'inscrit dans une politique de développement durable. Rens. www.tyflo.org. © Dernières Nouvelles d'Alsace - 10.1.2008

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